Voici les péripéties des premiers jours de vie de famille... bonne lecture! je sais que c'est long, mais moi ça m'a fait du bien de l'écrire... libre à vous de le lire ou de passer tout droit! ;-)
Samedi 11 février
2h30
Les infirmières amènent notre Thomas à la pouponnière pour les tests…
Vers 3 hrs a.m
On revient en me disant que Thomas est en hypoglycémie, d'essayer de tirer mon colostrum manuellement pour le lui donner à la seringue. J'ai deux infirmières après moi pour le faire, j'en ai eu des bleus sur les seins!
Vers 4h00 a.m.
L'infirmière de la pouponnière revient en disant que le colostrum n'a pas aidé, ils me demandent si je peux les autoriser à lui donner du lait maternisé pour le stabiliser. Je m'inquiète en exprimant mon désir d'allaiter, la fille me dit que ça n'est pas grave, mais que c'est ça ou le soluté... J'ai pris le moindre mal...
Un peu plus tard je vais le consoler à la pouponnière, je me réessaie, zéro succion au sein encore...
Dimanche 12 février
3h a.m.
On me réveille pour me demander si j'ai une suce dans mes bagages, que Thomas est inconsolable à la pouponnière... je me retiens pour ne pas accourir le consoler, mais on m'a dit « repos complet » à cause d'une hausse de pression... Je pleure pendant une heure, je suis déchirée de ne pas pouvoir aller voir mon petit garçon! Suite à l’histoire de la suce, je vois tous mes rêves d'allaitement tomber à l'eau! Thierry est retourné dormir à la maison, je voudrais l’appeler mais je pleure trop… il va penser que Thomas est mort si je tente de lui parler dans cet état !
4h15 a.m.
Une autre infirmière de la pouponnière vient me demander si j'ai des cas d'intolérance au lactose dans ma famille... Hé oui, j'en ai eu moi-même à ma naissance… merci Maman de m’en avoir parlé la veille ! On le met au lait de soya Isomil.
En soirée
Après ça son état s'est beaucoup stabilisé, il a repris des forces et on a pu le débrancher du soluté. Il était toujours à la pouponnière, je n'ai toujours pas pu l'allaiter... Je tire mon colostrum au 3 heures pour stimuler mes seins, je vais leur porter mon petit gobelet avec un ou deux millilitres... les infirmières le lui donnent à la seringue avant chaque boire de lait maternisé.
Lundi 13 février
C’est le jour où nous devions initialement quitter l’hôpital… On m’annonce plutôt que l’on garde Thomas sous observation jusqu’au mardi. On me garde aussi à cause de pré-éclampsie, je suis suivie en néphrologie. Ma pression qui a inquiété mon médecin à la fin de ma grossesse a des pics, on me met sous médicaments pour la haute pression. Je suis encore plus enflée qu’en fin de grossesse, je ne peux plus plier les chevilles… J’étais finalement plus en forme avec ma grosse bédaine ! Moi qui avais si hâte d’accoucher pour désenfler un peu !
Je continue à tirer mon colostrum aux 3 heures, la montée laiteuse n’est toujours pas arrivée, mais j’en ai un peu plus, alors je le fais au tire-lait. Je continue de le donner à Thomas avant son biberon. Mais on parle de moins de 7 ml tirés en 30 minutes pour les deux seins… *soupir*
Mardi 13 février
Midi
Thomas a enfin son congé de la pouponnière, il est transféré avec nous dans la chambre. Commence une valse pro-allaitement avec les infirmières, mais pour garder son état stable je ne peux le sevrer du Isomil, comme je n’ai pas assez de lait ça ne fonctionnerait pas. On me prescrit le domperidone, un médicament qui aidera la montée laiteuse à se faire.
Et ça fonctionne ! Chaque session de tire lait voit ses résultats augmenter. Alors on essaie de le mettre au sein… On lui donne le colostrum au gobelet, puis on lui donne un peu d’Isomil au biberon pour calmer sa faim… puis 10-15 minutes au sein pour que le déclic de la succion au sein se fasse… Sauf que ça ne coule pas comme le biberon et il devient fâché noir ! Quand on voit qu’il est trop fâché, on le met peau à peau contre nous pour le calmer, puis au biberon pour le satisfaire. Tout ça est bien mélangeant pour le petit Thomas qui ne sait plus où tirer la langue !
Nuit du 13 au 14 février
Rien ne fonctionne pour la mise au sein… L’infirmière me dit que, comme il boit de bonnes quantités d’Isomil, on peut lui donner aux 4 heures plutôt qu’aux 3 heures, pour laisser le temps à son estomac de bien faire la job et de réduire les régurgitations. Sauf que là, tout mêlé dans ses heures en plus de la confusion entre sein et tétine, il n’est pas consolable entre les boires, je suis seule… Thierry est allé reprendre des forces à la maison en prévision du lendemain. Je ne dors pas entre minuit trente et 6h.
6h00
Thierry arrive, je suis épuisée. L’infirmière de jour me trouve dans la pénombre (j’essaie de me reposer !) en larmes (elle m’a demandé de lui expliquer pourquoi il buvait du Isomil alors que sur mon dossier on a indiqué « allaitement ») Sans trop lire mon dossier, elle me chicane un peu, me disant que j’étais en train de tomber en post-partum, me somme d’ouvrier les rideaux, d’aller prendre une douche, alouette ! Je l’ai trouvé injuste de me parler comme ça alors qu’elle ne connaissait pas notre situation ! À cause de ça ils ne voulaient pas signer mon congé, alors que ce qui me déprimait, c’est l’idée de rester là une journée de plus…
Finalement, on m’a gardé jusqu’au soir à cause du néphrologue qui ne pouvait signer mon congé, étant à l’extérieur. Je m’en souviendrai de celle-là ! On m’avait dit que j’aurais mon congé au plus tard à midi, on a attendu à 19h30 avant qu’il daigne venir nous voir… Je ne lui aime pas trop la face, lui !
Avant de quitter, l’infirmière faisant le suivi en allaitement m’observe donner le sein, elle est très enthousiaste devant les résultats : on peu de pratique et ça y sera, selon elle ! Elle nous demande de ne pas donner le biberon en premier, pour profiter de sa faim, les tétées seront plus vigoureuses et efficaces. Elle me demande de ne pas insister plus de 15 minutes par boire pour ne pas créer un réflexe de rejet de la part de Thomas vis-à-vis le sein…
Alors on arrive à la maison et, la montée laiteuse est là !
Les deux premiers jours vont super bien mais pas les nuits ! Thomas tête de mieux en mieux, on alterne les positions entre football et madone inversée, je vois une grosse différence. On n’a presque plus besoin d’Isomil, puisque lorsque Thomas est trop fâché je le laisse avec papa et un biberon de lait maternel que j’ai tiré au boire précédent. Pendant que Thierry donne le boire et change la couche je vais me vider les seins au tire-lait électrique (*identique à celui de l’hôptal, loué), en prévision du boire suivant, si crise il y a.
Vendredi 17 février
On en a presque plus besoin d’Isomil, je fournis pas mal et il se satisfait un peu plus au sein, alors on voit une nette amélioration… Sauf qu’il a bu aux heures de 21h30 à 1h30, puis on s’est découragés (j’étais dangereusement fatiguée, je cognais des clous et j’ai eu peur de l’échapper…), on lui a donné du Isomil en désespoir de cause, puis il nous a tapé un beau dodo de 1h30 à 6h30 !!! De quoi abandonner l’allaitement ! Le matin, il a super bien bu au sein, puis catastrophe : il l’a demandé aux deux heures… J’ai failli tout lâcher. C’est pas parce que je n’ai pas assez de lait, câline !
En lisant sur le site www.allaitement.ca, je lis que l’on doit offrir le sein au bébé de 8 à 12 fois/jour pour éviter l’engorgement. Mais quand j’ai tenté de le faire avant qu’il ait des signes de faim évidente, la crise ! Je l’ai laissé dans on lit avec son mobile pour me calmer un peu, il a dormi presque 2 heures… Il n’avait vraiment pas faim ! Je ne sais plus sur quel pied danser.
Plus tard, quand Thomas a faim et que je le mets au sein, c’est rendu qu’il pleure et qu’il se fâche dès la mise au sein, chaque boire devient une expérience éprouvante pour nous trois… Avec de la patience, on réussit à avoir un peu de succion, de déglutition, mais c’est 2-3 fois, puis une pause… Bébé se fâche ou s’endort au sein…
Lorsque l’infirmière est venue, elle l’a pesé et nous a encouragés à lâcher le biberon complètement, puisque ma montée laiteuse est bien installée. Thomas a pris 100g en deux jours, il a repris son poids de naissance déjà… Alors que pour la moyenne des bébés, ça leur prend une vingtaine de jours. On peut donc se permettre de couper le biberon pour l’affamer un peu afin qu’il prenne mieux le sein.
Samedi 18 février
Pas d’amélioration. Je pleure comme un robinet… Thierry est découragé. Il lâcherait tout. Moi aussi, mais je veux tellement que ça fonctionne ! J’appelle ma mère, qui me conseille de donner le biberon la nuit pour que nous trouvions tous les trois un peu de répit… Avant d’aller au lit j’essuie la flaque de larmes sur mes draps ! Un robinet, je vous dis !
Dimanche 19 février
Ma mère et ma marraine viennent m’aider à la maison, elles sont témoins de ce que nous vivons à chaque boire… Thomas ne tète toujours pas bien… il est épuisé. Et moi aussi !
Lundi 20 février
J’appelle au CLSC pour avoir de l’aide de la conseillère en allaitement. On me dit que j’appelle trop tard… J’aurais du appeler tôt le matin pour avoir sa visite en après-midi. Mais je dormais, moi, le matin !… alors l’infirmière tente de m’aider au téléphone. Pas évident à cause de ma mauvaise audition… Elle me dit de donner un peu le biberon à Thomas avant la mise au sein pour calmer sa faim… et de le donner en position semblable à celle de la mise au sein… Plus facile à dire qu’à faire ! Il avale beaucoup d’air dans cette position et régurgite ensuite…
Mardi 21 février
L’infirmière du CLSC vient à la maison. Elle pèse Thomas et grimace : il n’a pris que 10g. en 4 jours, alors que aurait du être 25-30g. par jour ! Moi qui croyais que mon bébé s’était un peu enrobé, j’étais dans les patates !
Elle a apporté un dispositif d’aide à l’allaitement pour que l’on puisse « conditionner » Thomas à mieux prendre le sein. C’est une bouteille graduée que l’on suspend à notre cou, elle est munie de deux cathéters en plastique qui se « clippent » sous le goulot. Lorsqu’on le libère, le lait coule par capillarité. On peut s’en servir lorsque l’on a pas de montée laiteuse : on fixe alors le cathéter sur le mamelon. Il sert aussi pour l’allaitement au doigt lorsque le bébé n’a pas de réflexe de succion : on colle le cathéter sous l’index, et on appuie sur la langue du bébé pour solliciter le mouvement de sa langue. Nous avons essayé les deux options. Lorsque l’infirmière était là, ça a super bien fonctionné. Mais les autres boires, Thomas n’a presque pas pu et il se fâchait encore bien noir !
L’infirmière a aussi évoqué le fait qu’elle avait remarqué que Thomas n’est pas capable de tirer la langue assez loin, et que ça se pouvait que son filet (sous sa langue) soit trop court… Se bat-on pour rien contre un problème physiologique ???
J’essaie le dispositif pour quelques boires. C’est compliqué et très « machine ». Le peu de « romantisme » qu’il restait à l’idée d’allaiter c’est enfui lorsque j’ai essayé ce bidule. Mais jusqu’où peut-on aller pour tenter d’allaiter ??? La preuve que j’ai fait mon bout est ici…
Bilan des premiers boires : Thomas ne boit presque pas. Je ne supporterai pas ce rythme 24 heures… le soir, nous nous regardons, Thierry et moi, bien dans les yeux, et nous prenons la décision de passer au biberon définitivement, pour notre santé mentale et la santé générale de notre Thom pouce. Je pleure en donnant le premier biberon après cette discussion, de peine, de soulagement. On va enfin pouvoir passer à autre chose.
Les jours suivants, Thomas boit assez bien au biberon, et surtout, tout le monde aborde l’heure des boires avec beaucoup plus de tranquillité. Enfin. Mon Thom pouce est rassasié, je continue à tirer mon lait en diminuant peu à peu, question de calmer ma montée laiteuse, alors Thomas boit encore un peu de mon lait, pour son bien !
Je termine ce texte à la veille du premier mois de vie de Thomas. Je regarde le petit bout de chemin parcouru et je réalise que la persévérance (ou acharnement, selon le point de vue !) pour l’allaitement m’a fait découvrir une facette de ma personnalité que je ne connaissais pas beaucoup… La vie ma gâte tellement en général, quand je frappe un mur je trouve ça tellement dur ! J’aime l’idée de savoir que tout ça est derrière nous et que nous pouvons regarder droit devant, tous les trois !